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Point de vue

Combien de Cahuzac vous faudra-t-il ?

2013-03-20T122619Z_1085886736_PM1E93K117H01_RTRMADP_3_FRANCE-BUDGET-EU_0Cahuzac a admis sa culpabilité, faut-il pour autant crier « tous pourris » ? Non. Mais saisissons cette occasion pour réclamer une Assemblée constituante et bâtir des institutions qui protègent le peuple et préviennent les abus, consubstantiels à l’exercice du pouvoir.

Cahuzac est tombé. Mais la classe politique peut dormir sur ses deux oreilles. Car déjà, les commentateurs autorisés mettent en garde contre la tentation du « tous pourris ». Il ne faut surtout pas faire de ce cas particulier une généralité. Ce n’était qu’un accident de parcours, une erreur de casting, un bug dans la matrice, ordinairement si bien huilée, du cirque politique.

Ne tombons pas dans le populisme, sachons raison garder. Oublions Guérini, Sarkozy, Woerth, Lamblin,  et autres affaires en cours, ne retenons que l’essentiel : la brebis galeuse (Cahuzac) a été éliminée, il ne faut pas jeter l’opprobe sur le reste du  troupeau (le gouvernement qui l’a soutenu y compris). La machine médiatique lave plus blanc que blanc. Circulez, il n’y a rien à voir.

Le pouvoir corrompt

Jamais un commentateur autorisé, en pareille occasion, ne s’aventurera à remettre en cause les institutions plutôt que les hommes. Pourtant, la corruption est au gouvernement représentatif ce que les crises sont au capitalisme, une fatalité. On le sait au moins depuis Acton : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

L’absence d’exemplarité est la chose la mieux partagée par l’ensemble des partis politiques grand public. Toute personne dotée d’un peu de mémoire et qui a suivi l’actualité politco-judiciaire des dernières années aura pu le constater. L’exercice professionnel de la politique est étrangement corrélée au dérapage judiciaire (encore davantage quand les professionnels de la politique sont des cumulards)

Tous pourris ?

Alors quoi, faut-il que l’on s’écrie enfin « tous pourris » pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Cela aurait un effet cathartique, mais le cœur du problème nous échapperait. Ils ne sont pas tous pourris, mais tous corruptibles. Et ceci pour des raisons évidentes : la porosité entre les pouvoirs et la conscience de classe qui caractérise les élites est propice aux petits arrangements entre amis. Une carrière politique coûte de l’argent et implique des renvois d’ascenseur. Les tentations sont nombreuses et le sentiment d’impunité (l’aplomb avec lequel Cahuzac a menti, avec le soutien du gouvernement, en est un exemple probant) qui habite les élites les pousse à nous trahir, sans se rendre bien compte de la gravité de leurs actes.

Sans titre

Le mal est banalisé. L’amnésie médiatique et populaire y contribue. Le gouvernement actuel (tout comme l’ancien), compte dans ses rangs des anciens repris de justice sans que cela n’émeuve les commentateurs autorisés. Comme le disait Paul Valéry : « La politique est le moyen pour des hommes sans principes de diriger des hommes sans mémoire ».

Cahuzac mérite une sévère condamnation, il a menti au peuple. Mais certainement pas le lynchage  actuel, réflexe médiatique qui consiste à choisir un bouc-émissaire pour faire oublier la complaisance des élites journalistiques face à des institutions qui entraînent mécaniquement ce type de dérapages. Il est plus facile de tirer sur l’ambulance que de tirer des conclusions.

Moraliser la politique, un air de déjà vu

La réponse médiatico-politique aux multiples affaires de corruption, d’abus de faiblesse et autres fraudes fiscales dont se rendent coupables nos élus est toujours la même : réclamer un énième comité Théodule sur la moralisation de la vie publique. Quel aveuglement. On sait ce qu’il advient quand des politiques se mettent en tête de moraliser des institutions, qu’elles soient politique ou financières : rien. Le problème n’est pas Cahuzac, mais le système dont il est le produit, système qui l’a porté et protégé.

J’aimerais qu’un commentateur autorisé fasse preuve de courage. Qu’il ose dire que c’est le système qui est en cause, que Cahuzac n’est qu’un fusible. Qu’il nous faut d’urgence repenser des institutions qui protègent le peuple des abus qui sont consubstantiels au pouvoir.

Les Athéniens l’avaient bien compris. Pour lutter contre la faiblesse de la nature humaine, ils avaient mis en place des garde-fous : rotation des charges, reddition des comptes, révocabilité des représentants. Le pouvoir n’était pas considéré comme un cadeau fait aux représentants mais comme une charge, un sacrifice pour la Cité. La politique n’était pas l’affaire de quelques professionnels mais celle de tous. C’est pour cela qu’une grande partie des charges publiques étaient attribuées par tirage au sort. Les magistrats de l’époque, sauf quelques exceptions, n’étaient pas des spécialistes de l’accaparation de pouvoir persuadés d’être intellectuellement supérieurs au peuple, ils étaient le peuple lui-même.

Il serait grand temps de remettre à plat nos institutions, à moins que nous nous accommodions de l’indécence du système actuel. Réclamons la convocation d’une Assemblée constituante et érigeons des institutions qui protègent le peuple de l’hubris des puissants. Mais ne reproduisons pas les erreurs du passé. Les professionnels de la politique ne doivent pas écrire les règles du jeu auxquel ils vont jouer. Cette assemblée constituante devra être composée de citoyens, si possible tirés au sort. Platon nous avait prévenu il y a bien longtemps de l’importance de ne pas « donner le pouvoir à ceux qui le veulent ».

Combien d’affaires Cahuzac nous faudra-t-il pour le comprendre ?


Emmanuel Daniel

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Discussion

Une réflexion sur “Combien de Cahuzac vous faudra-t-il ?

  1. Cela tombe bien, nous sommes à la veille du « Democracy Not Found Day ».
    http://www.404democracynotfound.org/

    Publié par Mascarin | 03/04/2013, 2:35

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