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Point de vue

Qui a un problème avec l’argent ?

arnaultOn dit que les Français n’aiment pas les riches. Et si c’était les riches qui n’aimaient pas les Français ?

Il parait que les Français ont un problème. Un problème avec l’argent. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Gérard Depardieu, Nicolas Anelka, le New-York Times et… les Français eux-mêmes.

Je ne parle pas de problèmes d’argent, chacun sait qu’il y a près de 9 millions de pauvres dans le pays et que le revenu médian diminue. Pas de quoi susciter l’intérêt des médias. Surtout que ce n’est pas vraiment un problème puisqu’à en croire nos gouvernants, une baisse du « coût » du travail et une bonne cure d’austérité suffiront à ramener croissance et plein emploi.

Il s’agit ici d’un enjeu plus sérieux : les Français ont un véritable problème avec l’argent, enfin, surtout avec les riches. La classe politico-médiatique explique cette dangereuse dérive par notre culture chrétienne, notre ancrage paysan ou encore notre volonté de séparer travail et loisir. Mais bien que les explications apportées sont multiples, la réponse, elle, est unanime : il faut prendre exemple sur les anglos-saxons qui ont su se délivrer de cet archaïsme et faire de la richesse (ils disent la réussite) une source fierté.

Les Français aiment les riches

D’abord, le postulat de départ est erroné. Le classement des 50 personnalités préférées des Français contredit totalement la théorie de la haine du riche. En effet, ce ne sont pas des Smicards que l’on retrouve dans ce top 50, mais des acteurs, chanteurs, sportifs et autres intellectuels au portefeuille épais. Notre ami Gérard Depardieu y figure même à la 47ème place. Sa lettre ouverte au Premier ministre, envoyée suite à son évasion fiscale totalement assumée, a été likée plus de 50 000 fois sur Facebook en quelques heures. C’est dire si les Français lui en tiennent rigueur.

depardieu

Il est difficile d’affirmer que les Français n’aiment pas les riches. Au contraire, ils les adulent. Ils vont voir leurs films, leurs matches, achètent leur chansons, et ils votent même parfois pour eux. Ceux qui tiennent ce genre de discours n’ont qu’une idée en tête : sanctuariser l’inégalité, banaliser les privilèges. Car pour qu’il y ait des riches, il faut des pauvres. Ces derniers doivent accepter de l’être, et en plus louer les riches qui, grâce à leur fortune, leur permettent de vivre, pauvrement. Un efficace exercice de propagande libérale.

« Les français ont un problème avec l’argent ». Dire cela revient à culpabiliser le pauvre.afin que sa parole soit discréditée. Cette rengaine moralisatrice lui enlève toute possibilité de critique. Le message qui leur est adressé est clair : sois pauvre et tais-toi. Alors que les inégalités progressent, il n’est pas surprenant que la classe dominante tente de justifier ses excès. Il serait en effet dommage que ceux que l’on veut faire culpabiliser en les traitant de jaloux se rendent compte du lien entre la précarisation de leurs conditions de vie et l’enrichissement constant d’un happy few. Il serait dommage que la classe laborieuse comprenne que chaque centime qui rémunère le capital est ponctionné sur son travail.

Faire diversion

On voudrait nous faire croire que la critique des riches est immorale. Que les critiques contre l’exil fiscal de Gérard Depardieu sont la preuve de la jalousie, de la cupidité du pauvre qui aspire secrètement à devenir riche. Or c’est avant tout une critique des inégalités flagrantes dans la répartition des richesses.

On est d’ailleurs en droit de se demander qui a véritablement un problème avec l’argent ? Celui qui aimerait en avoir un peu plus pour sortir de la précarité ? Ou celui qui en accumule jusqu’à ne plus savoir quoi en faire, quelles qu’en soient les conséquences sociales et environnementales ? Le Français moyen ou le trader qui spécule sur la dette des États ? Depardieu ou ceux que l’on accuse de le jalouser ?

Cette question appelle à une conclusion que certains ne veulent pas entendre. Ils mettent en garde contre une prétendue haine rampante du riche pour éviter d’avoir à remettre en cause un système oligarchique hautement inégalitaire, mais profitable à quelques-uns. Souvent ceux qui dénoncent la jalousie des Français vis-à-vis des riches. Peut-être qu’au final, ce sont les riches qui n’aiment pas les Français, et non l’inverse.


E.D.

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