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Point de vue

Mariage pour tous, liberté d’expression pour certains

Le débat sur le « mariage pour tous » n’en est pas un. Taxés d’homophobie et d’intégrisme, les opposants au projet de loi ont deux options : se taire ou accepter les brimades. Cette pensée unique est une atteinte insidieuse à la liberté de pensée et d’expression. Pourtant, personne ne trouve rien à y redire.

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Manifestation du collectif Oui oui oui le 13 décembre à Paris (photo ouiouioui.org)

« En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites, l’écrivain est libre ; mais malheur à lui s’il ose en sortir ». Ce que disait Tocqueville sur la société américaine au XIXème siècle se vérifie encore aujourd’hui, en France. Il est en effet des sujets qui ne peuvent être débattus sereinement, le champ de la réflexion étant atrophié par la pensée unique. C’est notamment le cas du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels.

Personnellement, autoriser l’accès au mariage aux couples homosexuels (ou mieux, l’union civile pour tous) ne me pose pas de problème. Le fait que deux personnes soient mariées ne concerne qu’eux, la société n’en étant pas affectée. Mais le projet de loi sur le mariage pour tous ne s’arrête pas là. Il ouvre également le droit à l’adoption pour les couples homosexuels. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question, mais le simple fait de la poser fait de moi un criminel de la pensée.

On est en 2012 ! Et alors ?

En faisant cela, je sors du cercle dont parlait Tocqueville et je m’expose « à des dégoûts de tous genres et à des persécutions de tous les jours ». La question est traitée de manière tout à fait manichéenne. Être favorable au « mariage pour tous » fait de vous un humaniste, progressiste, faisant indubitablement preuve de bon sens. À l’inverse, si vous osez vous questionnez publiquement sur les possibles conséquences de ces réformes, ou pire, si vous vous y opposez frontalement, alors vous êtes probablement intégriste et à coup sûr réactionnaire. Osez émettre une objection et vous serez considéré comme adversaire de la tolérance, de l’égalité et du progrès social. « On est en 2012 ! ». Voilà l’ « argument » avancé par les pros afin de décrédibiliser les antis en les taxant d’anachronisme.

Mais la critique du mariage pour tous n’est pas seulement le signe d’un conservatisme débridé, elle est également la preuve manifeste d’une homophobie inavouée. C’est en tout cas ce que laissent entendre plus ou moins subtilement les partisans de cette réforme, notamment Lilian Thuram, grand penseur de la cause LGBT. Pourquoi s’embarrasser à répondre à leurs opposants alors qu’il suffit de les discréditer ? Il est vrai que les rapprochements douteux entre homosexualité et pédophilie que l’on a pu entendre ici ou là n’ont pas aidé à redorer le blason des antis. Il n’empêche que cette stigmatisation révèle une volonté de marginaliser un point de vue et ses défenseurs, de rendre leur parole impropre.

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Cette pensée unique se vérifie d’abord dans les médias où le « mariage pour tous » est généralement défendu, en toute objectivité bien sûr. Le traitement de la manifestation organisée par Civitas le dimanche 18 novembre en est symptomatique. Les médias ont presque tous titré sur l’agression de militantes de Femen. Les violences dont elles ont été victimes sont incontestables et bien évidemment condamnables. Néanmoins, un coup d’œil attentif au déroulement des faits permet de questionner le traitement médiatique partial et partiel de l’événement.

« Fuck God »

Malgré certains slogans choquants (« non à l’homofolie »), la manifestation de Civitas était parfaitement légale. Ce qui n’était surement pas le cas de celle des Femen. Jamais une préfecture autoriserait des contre-manifestants à aller rencontrer frontalement le camp opposé, chose que peu de médias ont jugé bon de relever. On notera qu’elles défilaient à demi-nu. Même si « on est en 2012 », l’exhibitionnisme est toujours défendu. Qu’il soit pratiqué par pur plaisir ou afin de défendre une cause. On remarquera également qu’elles étaient déguisées en nones et arboraient de délicieux slogans, aussi pacifistes et raffinés que « Fuck god ».

Faisant preuve d’un bon goût indubitable, elles ont aspergé les manifestants avec des extincteurs qu’elles avaient recouvert de blanc pour en faire des diffuseurs de « holy sperm » (sperme sacré). Passons sur la diffamation et l’injure à raison de l’origine ou de l’appartenance religieuse. Plus prosaïquement, le fait d’asperger ses opposants à coups d’extincteur est toujours, jusqu’à preuve du contraire, le privilège de l’État, détenteur du monopole de la violence légitime.

Caroline Fourest, journaliste et militante féministe pro « mariage pour tous » qualifiait pourtant cette provocation de « pacifique et drôle », déclaration reprise sans sourciller par de nombreux médias. Je n’ose imaginer ce qui se passerait si les militants de Civitas décidaient à leur tour de faire montre de leur sens de l’humour et de leur engagement en faveur de la paix. Ils pourraient par exemple faire barrage à une manifestation de pros « mariage pour tous » déguisés en drag-queens et scander des slogans tels que « Fuck gay » avant d’asperger d’eau bénite ces impies. Si les militantes Femen en venaient alors, excédées par ces insultes, à frapper les provocateurs, les médias seraient-ils toujours compatissants avec ces féminines aux seins nus ? J’en ai bien peur.

« Préparons la planche et les clous »

En effet, comme le rappelle le blogueur Koz, des militant(e)s LGBT ont chargé une manifestation contre le mariage pour tous à Lyon. Act Up, association subventionnée par l’Etat, a par ailleurs violemment menacé les catholiques : « NOUS NE TENDRONS NI LA MAIN NI L’AUTRE JOUE : PRÉPARONS LES PLANCHES ET LES CLOUS ! » Quant à Xavier Bongibault, qui a la mauvaise idée d’être homosexuel et opposé au projet de loi, il aurait été agressé à coups de verre à l’issue d’une manifestation, sans parler des menaces de mort dont se plaignent les porte-parole des antis.

J’attends que les médias condamnent unanimement ces agressions, incitations à la haine et entraves à la liberté d’expression, comme ce fut le cas lors de l’agression des Femen par Civitas. Vu que ces condamnations ne viennent pas, et que ces événements ne sont, pour la plupart, pas rapportés par la presse, je ne peux interpréter le traitement médiatique de cette affaire que comme l’acceptation consensuelle d’actes illégaux au motif qu’ils sont commis à l’encontre de gens qui ne pensent pas comme ils devraient. En dehors de la bienpensance, la liberté de pensée et d’expression n’est plus garantie. Libre aux antis de défendre leur point de vue… mais ils doivent accepter d’être traités d’homophobes réactionnaires et subir brimades et violences dans l’indifférence générale. Ça leur apprendra à sortir du cercle de la pensée autorisée.

Le gouvernement s’est lui aussi illustré par sa partialité. Avant même les violences du 18 novembre, une ministre socialiste a qualifié la manifestation de « dérapage », n’excluant pas de l’interdire ! Dans ce cas, interdisons toutes les manifestations allant à l’encontre de la volonté gouvernementale… Suite à de multiples sollicitations, Manuel Valls a laissé entendre qu’une dissolution de Civitas était envisageable. N’ayant pas d’atomes crochus avec le petit Jésus, je me fous de l’existence de Civitas. Si sa dangerosité est avérée, il peut bien dissoudre cette association de catholiques intégristes proches de l’extrême droite (c’est ainsi qu’ils sont systématiquement présentés). Mais dans ce cas, qu’il s’occupe également d’Act Up et des Femen, dont les actions verbalement et physiquement violentes doivent être condamnées avec la même sévérité. Le fait de partager l’opinion du gouvernement ne devrait pas influer sur sa tolérance.

Police de la pensée

Les deux camps sont persuadés du bienfondé de leur engagement. Mais rien ne les autorise à faire taire leurs détracteurs, pas même l’assurance de détenir la vérité. En stigmatisant les opposants pour leur opinion, les tenants de la pensée unique, sont pourtant en train de mépriser publiquement les convictions d’un grand nombre de Français qui ne sont pas favorables au « mariage pour tous ». Les accusations d’homophobie sont une insulte, une menace que l’on fait pendre au dessus de la tête des antis pour qu’ils se taisent, qu’ils se repentent. Ce chantage à l’homophobie est une censure qui ne dit pas son nom.

On peut faire le parallèle avec la question d’Israël. Toute critique virulente des pratiques de cet Etat d’apartheid et du sionisme est tout de suite apparentée à de l’antisémitisme, ce qui empêche tout débat serein sur la question. En taxant d’homophobie ou d’intégrisme les opposants au mariage pour tous, les pros usent du même stratagème et font de leurs opposants des infréquentables, des dangereux parias. Agir ainsi c’est renier toute possibilité d’existence à une pensée hétérogène. À en croire les pros, toutes les opinions ne se valent pas et il n’existe qu’une réponse correcte à la question : « êtes-vous favorable au mariage pour tous ? ». Plutôt que d’étouffer tout argument dissident, ils seraient mieux avisés d’y répondre, à moins qu’il assument d’endosser le rôle de policiers de la pensée. En effet, sous couvert de progressisme, les pros mariage pour tous se rendent coupable sans s’en rendre compte d’une insidieuse censure.


E.D.

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