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La misère, un business comme les autres

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai été touché par le reportage de deux journalistes du Monde qui ont suivi Eric, SDF parisien, pendant une journée. Je ne peux que me réjouir qu’un journal, qui fait toujours office de référence pour beaucoup de Français, décide de mettre un peu d’humain à l’intérieur de ses pages généralement aussi austères qu’un compte de résultat ou que les politiques de la Troïka.

Mais voilà. Une fois la lecture de l’article achevée, au-delà des pensées coupables qui m’assaillent immanquablement à chaque fois que je lis un récit sur la misère bien au chaud dans mon appartement, je n’ai pu m’empêcher de me mettre en colère. En colère contre le Monde.

En effet, quelle hypocrisie de la part d’un journal qui a depuis longtemps épousé le social-libéralisme que de montrer ainsi les ravages qu’il provoque sans pointer la part de responsabilité de cette ligne politique et économique dans ce marasme. Comme si la situation d’Éric était inévitable, qu’elle découlait d’un processus logique, presque naturel, déconnecté des orientations idéologiques prônées par Le Monde. Comme s’il n’y avait aucun lien entre la détresse d’un nombre croissant d’Européens et les patrons voyous, les actionnaires voraces et les technocrates apatrides, à qui le journal fait la part belle tous les jours. Comme-ci ces élites n’étaient que les produits et non les artisans d’un capitalisme destructeur, d’une société ou l’individualisme est souverain.

On ne peut qu’encourager la publication de ce genre d’articles, surtout à l’heure où les nombre de journalistes  (moi le premier) goûtent trop peu au terrain. Mais tant qu’ils ne serviront que de caution humaniste au milieu d’un océan libéral, ils garderont un goût amer, celui de l’hypocrisie. Circulez, il n’y a rien à voir. Les lecteurs ont eu leur dose de social, les sempiternels appels à la réforme et à l’amélioration de la compétitivité de notre économie peuvent reprendre leurs droits.

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes », disait Bossuet. Cette citation illustre à merveille l’attitude de nombreuses rédactions qui consacrent quelques articles par mois, plus ou moins larmoyants, à la misère qui n’arrête plus de proliférer, mais qui ne s’attaquent jamais, ou trop peu, aux mécanismes responsables de cette détresse. Tel est le fruit gâté d’un aveuglement idéologique, volontaire ou non, lot commun d’un grand nombre de patrons de presse « de gauche ».

Je ne peux donc qu’inviter EriK (Izraelewizc), non pas le SDF mais le directeur des rédactions du Monde, à lire ce reportage avant de prendre sa plume pour rédiger son prochain éditorial à la gloire du capitalisme mondialisé. Peut-être qu’un éclair de lucidité lui fera réaliser que les réformes en tout genre qu’il appelle de ses vœux n’auront pour conséquence que d’offrir à Eric, le SDF, de nouveaux compagnons de désespoir.

Pendant que je méditais là-dessus, la page sur laquelle s’affichait le quotidien de ce sans abris s’est automatiquement rafraichie. Cela afin d’augmenter artificiellement le trafic du site et faire ainsi gonfler ses recettes publicitaires. Dans ce monde aussi cynique que le nôtre, la misère est un business comme les autres.

E.D.

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