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Point de vue

Royal a perdu, et alors ?

Larmes, explosions de joie, coup bas, rivalité amoureuse… Les élections législatives dans la1ère circonscription de Charente-maritime se situaient quelque part entre la série B mélodramatique et le prime time de secret story.

J’ai été frappé de voir à quel point la défaite de Ségolène Royal affectait un nombre conséquent d’amis, d »internautes, au point de les pousser à une violence verbale délirante. Olivier Falorni, le vainqueur de cette élection a été accusé d’avoir pactisé avec le diable, d’inélégance, de trahison… Avant le deuxième tour, on lui a même reproché de ne pas être socialiste car il avait refusé de se désister au profit de Ségolène Royal. Les joutes politiques ont leurs raisons que la raison ignore. Vu qu’au deuxième tour, seul un/une candidate de gauche pouvait l’emporter, quel intérêt de privilégier une candidature plutôt qu’une autre, si ce n’est pour permettre à une dignitaire PS, qui a déjà eu plus que sa part de strass et de responsabilités, de se faire sa place au soleil.

Pire, à l’issu du deuxième tour, Ségolène Royal a qualifié son adversaire de « député de droite ». Comme si celui qui était à la tête de la fédération PS 17 il y a encore quelque mois avait subitement épousé l’idéologie de l’UMP. Incroyable mauvaise foi ! La présidente de la région Poitou-Charente manque assurément de dignité dans la défaite.

Mais au-delà de cette lutte d’égos (Falorni n’ayant rien à envier à Royal en la matière), on retiendra de ce deuxième tour la personnalisation outrancière de la politique. Issus du même parti, les deux protagonistes partagent un socle de valeurs et d’idées communes. Les électeurs de la circonscription n’ont pas eu le choix entre deux programmes différents, mais entre deux personnages. Il est d’ailleurs incroyable que plus de 64% des inscrits se soient déplacés pour arbitrer ce puérile face-à-face.

Cette bataille de bac à sable a également fait oublier aux électeurs qu’ils ne votaient pas pour des élus locaux, mais pour des députés siégeant à l’Assemblée nationale. Ce qui rend les complaintes sur le sort de Ségolène Royal autant plus dérisoires. Une fois élus, les députés d’un groupe n’ont d’autre choix que de se conformer à la ligne du parti. Donner autant d’importance à un membre parmi les 577 d’un collège d’élus est ridicule. Les législatives n’ont pas pour but de désigner des barons locaux, mais ont pour objectif de déterminer la marge de manœuvre de l’exécutif (d’autant plus depuis qu’elles ont été bêtement alignées sur la présidentielle).

Ségolène Royal a perdu, mais les idées qu’elle défend ont triomphé (à moins, encore une fois, que Falorni se soit transformé en Copé avec l’arrivée du printemps). Mais beaucoup de personnes semblent l’oublier, leur jugement étant occulté par l’admiration pour une femme qui n’est rappelons-le, qu’une représentante des électeurs français qui n’a pas vocation à être une rock star. Les mandats électifs ne sont pas des cadeaux que l’ont fait aux politiciens, mais des charges qui leur sont confiées. Cette défaite n’est donc pas consécutive à une « trahison politique », n’en déplaise à Me Royal, mais simplement à l’expression de la volonté populaire. Et tant mieux si des électeurs de l’UMP et du FN ont pris part au scrutin, ce n’était pas une primaire interne au PS, mais une élection au suffrage universel. Mais peut-être que la candidate à l’élection présidentielle de 2007 préférerait s’affranchir de cette étape contraignante…

À sa décharge, il faut rappeler que Ségolène Royal avait eu le courage en 2006 de présenter une proposition de loi visant à faire contrôler les élus par des citoyens tirés au sort. Elle avait alors essuyé des réactions d’une rare violence. Elle fut taxée de « populisme », certains de ses confrères à l’Assemblée dénonçaient les « penchants robespierristes du PS » ou encore « les tribunaux populaires à la Pol Pot et à la Mao Tse-Toung ». Le tout alors que les Français semblaient favorables à cette mesure. Malheureusement, ce n’est pas pour ses idées que Ségolène Royal a été battue, mais à cause de son image. Dans l’admiration comme dans la détestation, la personnalisation de la vie politique est un fléau. Et la #circo1701 en fut un bien triste exemple.

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Discussion

Une réflexion sur “Royal a perdu, et alors ?

  1. La déferlante des déclarations publiques, tweet + mails également et surtout leur ton et leurs arguments primaires adressés ces derniers jours par le « camp Royal » a eu pour conséquence d’aggraver le mauvais score de la candidate. Dommage.
    Duel Royal – Falorni sous 1 autre angle sous la forme d’un billet d’humeur http://ubacto.com/actualites-la-rochelle/-101250.shtml

    Publié par Nathalie Métayer | 18/06/2012, 9:46

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