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La démocratie grande perdante des législatives

Le 10 juin est décidément une date maudite. En 1940, l’Italie déclarait la guerre à la France. En 1944 était perpétré à Oradour-sur-Glane un massacre resté célèbre. Le 10 juin 2012 est lui marqué par le record d’abstention aux élections législatives : 42,77%.

Si l’on ajoute à cela les quelques 10% de Français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, la barre des 50% de Français en âge de voter mais ne l’ayant pas fait est allègrement dépassée. Dans un système -la démocratie représentative- où les élus tirent leur légitimité du consentement des citoyens, quel crédit accorder à une Assemblée avec un étai populaire si fragile ?

Certes, nous sommes encore loin des 59,5% d’abstention du premier tour des élections européennes de 2009. Mais faudra-t-il attendre d’en arriver là pour que nos représentants prennent enfin la mesure de la situation ? En tout cas, les réformes profondes de nos institutions mécaniquement aristocratiques se font attendre.

La défaite de l’intérêt général

Pourtant, les pistes à explorer sont nombreuses : décentralisation, démocratie directe à la Suisse, démocratie délibérative et participative, tirage au sort, contrôle des élus… Et ce n’est pas l’introduction d’une faible dose de proportionnelle à la législative comme l’avait démagogiquement suggéré Nicolas Sarkozy avant son élection (et sa non réélection) qui viendra réparer la fracture entre les électeurs et la classe dirigeante.

Mais pour que nos élus décident de revivifier la démocratie, il faudra d’abord qu’ils acceptent de laisser certaines de leurs prérogatives à ceux à qui elles reviennent de droit : l’ensemble des citoyens. Mais cette hypothèse paraît incertaine tant un certain nombre d’entre eux ont transformé les législatives en luttes d’égos plus que d’idées. Les  batailles fratricides du PS à La Rochelle et à Lyon montrent bien que pour beaucoup, le service de l’intérêt général passe après la satisfaction de leur intérêt personnel.

Se garder une place au chaud

Le plus rageant, c’est que plus personne ne s’en cache ! François Hollande Jean-Marc Ayrault, a nommé 24 ministres candidats à la députation sur les 34 membres de son gouvernement, et lui aussi s’est représenté dans son fief Nantais. Cela veut dire que depuis leur entrée en fonction, plus des 2/3 des membres du gouvernement sont occupés à veiller à l’avancement de leur carrière, le tout alors que l’Europe s’effondre. Pourtant, le Sénat étant passé à gauche, le gouvernement aurait pu lui faire étudier et voter des lois depuis son entrée en fonction. Mais non, il fallait bien que chacun s’assure une place au chaud en prévision d’un remaniement ministériel défavorable.

Certes, Jean-Marc Ayraul avait annoncé que les ministres qui perdaient les législatives perdraient leur poste. Mais quels risques prennent-ils vraiment ? Une candidate comme Sylvia Pinel (PRG), inconnue du grand public avant d’être nommé ministre (déléguée en charge du déléguée chargée de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme) n’aurait sans doute jamais atteint le deuxième tour sans bénéficier à la fois du soutien du PS et du prestige de son nouveau titre. Hors là, elle est en ballottage favorable dans une circonscription acquise à la gauche.

Y-a-t-il une majorité pour sauver le président ?

L’abstention massive et le comportement de nos ministres-candidats à la députation montrent, s’il en est encore besoin, la stupidité d’avoir aligné les législatives sur les présidentielles. En les plaçant un mois après l’élection suprême, les législateurs ont transformé ce scrutin décisif en générique de fin de l’élection du président monarque, la partie du film qui n’a d’intérêt que pour les passionnés et ceux qui ont un pote dans le casting. Les députés, premiers élus nationaux, sont relégués au rôle de figurants dont tout le monde se fout. Comme si la situation n’était pas assez grave, Noël Mammère a annoncé que des députés EELV déposeront une proposition de loi visant à organiser les deux élections le même jour. Grossière erreur, cela reviendrait à faire des élus de simples pantins du président (et accessoirement cela mettrait un coup fatal au parti).

Le rôle des députés en tant que télégraphistes de la volonté Elyséenne s’est vérifié au cours de cette campagne. L’objectif annoncé des élus PS était d’« offrir à François Hollande une majorité présidentielle ». Une vision de la séparation des pouvoirs qui se rapproche plus de Nicolas Sarkozy que de Montesquieu. L’idée de donner à un président courtement élu une majorité présidentielle qui lui offrirait tout la latitude nécessaire pour faire ce qu’il veut, comme il l’entend, n’a semble-t-il pas convaincu les Français de se déplacer. Pourtant il y a de grandes chances que le PS obtienne une majorité absolue sans avoir besoin de compter sur EELV ou le Front de Gauche. Et c’est là l’autre grand drame de cette soirée. Libéré de la pression des députés du Front de gauche et des écologistes, le gouvernement Hollande Ayrault ne sera pas tenu de « gauchiser » sa politique. Le socialisme libéral a de beaux jours devant lui.

E.D.

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