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Hollande, la désillusion qui vient

« Au secours, la gauche revient ! ». Les riches quittent le pays et les gens de gauche se félicitent : « on a gagné », jubilait ma mère dans le combiné dimanche. Sauf que ces inquiétudes de nantis et ces éructions de joie socialistes viendront bientôt se fracasser sur l’iceberg du retour à la réalité.

Crédit : Sandrine Magrin

Contrairement à ce que prophétisait la vieille rengaine droitière avant l’élection de Mitterrand, les chars communistes ne sont pas entrés dans Paris après son élection. Le soir du 6 mai non plus, bien que quelques rares drapeaux rouges habillaient la colonne de juillet. Mais que les conservateurs se rassurent, la France ne deviendra pas marxiste parce que François Hollande a été élu. Et bien qu’ils fussent nombreux à se rassembler le soir du deuxième tour sur la place sacrée des révolutions pour célébrer le retour de la « gauche », il serait ambitieux, voire complètement naïf, de parler de Grand soir. Les lendemains qui chantent attendront, et il ne serait pas surprenant que ceux qui sont venus en masse saluer la coûteuse arrivée en jet du nouveau président, réinvestissent bientôt la Bastille pour lui demander des comptes.

On pourrait pourtant se réjouir en se disant que le projet de François Hollande arbore des atours socialistes (contrat de génération, embauche de fonctionnaires, ah non redéploiement pardon, maintien du statut encore majoritairement public d’EDF et de la SNCF, coup d’arrêt à la RGPP…), même s’il souffre d’une cruelle absence de chiffrage. Mais ce serait occulter un point, LE POINT, qui rendra caduque le bel élan expansionniste promis par le président normal dans son programme : « Le déficit public sera réduit à 3% du PIB en 2013. Je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin de mandat ». Et là, le rêve s’effondre.

En effet, Hollande conditionne sa lutte contre l’austérité au retour à l’équilibre des finances publiques en 2017 (Sarkozy lui prévoyait d’y arriver en 2016). Le candidat du PS est sans doute conscient que pour y parvenir, il n’existe que deux leviers : la réduction des dépenses, ou la hausse des recettes.

Intéressons nous d’abord à la hausse des recettes. Comme le rappelait le Monde dans son édito du 12 mai : d’après les prévisions de la Commission européenne « la croissance du PIB [français] ne sera que de 1,3% en 2013, contre 1,7% espérés ». Le même organisme table sur une récession de l’ensemble de la zone euro en 2012 (-0,3%). Difficile dans ces conditions d’espérer sur un rebond de l’activité économique pour venir alimenter les caisses de l’État. Et le Monde d’enfoncer le clou : « Avec une croissance atone, le déficit public de la France qui devait être ramené à 3% du PIB fin 2013, pourrait s’élever à 4,2% ».

Mais pas d’inquiétude ! Le Parti socialiste propose pour financer son programme, de revenir « sur les cadeaux fiscaux et les multiples ‘niches fiscales’ accordés depuis dix ans aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises », ce qui, selon leur calcul, devrait rapporter au trésor public 29 milliards d’euros. Effort plus que louable. Sauf que le déficit de la France s’élevait à 103,1 Mds d’euros en 2011.

On est bien loin du compte, les coups de rabot promis ne suffiront pas à réduire de façon significative notre déficit. Et les mesures avancées par François Hollande, aussi timides soient elles, risquent de .plomber le déficit encore davantage, avant de (potentiellement) porter leurs fruits. Si ce n’est pas la croissance qui vient combler le déficit, il faudra donc compter sur une réduction des dépenses. Mais François Hollande, lors de son premier discours présidentiel a déclaré que l’austérité  n’est « pas une fatalité ». Et il n’est d’ailleurs pas seul dans son combat contre l’orthodoxie budgétaire.

crédit : idf-fotos

« droit dans le mur » !

De plus en plus de voix se lèvent pour rejeter l’austérité au profit de la croissance. Ainsi, le nouveau gouverneur de la banque de Chypre (donc de la Banque centrale) a déclaré : « il est à présent bien entendu qu’une seule politique d’austérité ne suffira pas à rétablir des budgets assainis ». Ce discours rassurant (bien que d’un poids limité), au même titre que le vote anti-austérité grec et les manifestation violentes contre la rigueur en Italie, montrent bien que les politiques de rigueur imposées par l’Allemagne et la France Sarkozyste commencent à échauffer les esprits.

Sauf que contrairement à l’austérité, la croissance ne se décrète pas et passe certes par une hausse des impôts sur les plus riches, mais surtout par des politiques expansionnistes. Et dans l’état actuel des finances publiques, une hausse des dépenses entraînerait une hausse du déficit, donc de la dette. Et c’est là que le bât blesse. Car comme le rappelait l’éditorialiste du Monde : « La chancelière [allemande] réclame des réformes structurelles et refuse toute croissance tirée par l’endettement en Europe. Elle a ‘tout à fait raison’, a commenté Michel Sapin, possible ministre de l’Économie, car ‘s’il s’agissait de relancer la croissance en relançant les déficits et la dette, on irait droit dans le mur ». Las.

Cher Michel, ne penses-tu pas plutôt, comme (entre autres) les prix Nobel d’économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz ou encore les Économistes atterrés, que c’est en perpétuant l’austérité que l’on va foncer « droit dans le mur » ? François Hollande propose néanmoins une clé pour sortir de ce cercle vicieux et nuancer les propos de son probable futur ministre. Il envisage de réformer les statuts de la BCE pour qu’elle puisse prêter directement aux États, ce qui permettrait de libérer le pays du joug des marchés. Mais dans une Europe majoritairement conservatrice et face au refus catégorique de l’Allemagne, le volontarisme de façade du président normal risque de se heurter aux dures lois de la realpolitik. S’il veut tenir son objectif de retour à l’équilibre à la fin de son mandat, il n’aura d’autre choix que de faire une croix sur certaines de ces mesures et ne sera pas en mesure de freiner l’érosion du pouvoir d’achat de ses concitoyens, pour le plus grand malheur de ceux qui ont cru au candidat du « changement ».

E.D.

Aller plus loin :

– Avec autant d’humour que de données empiriques, Frédéric Lordon nous explique pourquoi le changement prôné par François Hollande se limitera, au mieux, a un lifting.

– Le titre de l’article est inspiré du livre « l’insurrection qui vient », signé par Le comité invisible et attribué par les autorités à Julien Coupat. Je vous invite d’ailleurs à (re)lire cette interview bouleversante qu’il avait accordée au Monde pendant son incarcération sans preuves solides.

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Discussion

Une réflexion sur “Hollande, la désillusion qui vient

  1. Un synthese de IDEP sur les promesses et leur chiffage
    http://www.debateco.fr/sites/default/files/120425_Institut_entreprise_chiffrage_Hollande.pdf

    Publié par Jarod | 13/05/2012, 1:33

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