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Point de vue

Pour une révolution économique et démocratique

2012 sera synonyme d’austérité pour de nombreux peuples européens. Pourtant, des économistes de renom s’insurgent contre cette politique suicidaire. Mais les citoyens européens, rendus apathiques par des années de libéralisme mondialisé, acceptent ses mesures sans broncher. Pourtant, une autre voie est possible.

All quiet on the E.U front

En France, les perspectives pour 2012 sont réjouissantes. L’OCDE nous annonce une croissance mirobolante 0,3%, mais le gouvernement promet une utopique progression du PIB de 1%, aucune raison de ne pas les croire… L’INSEE prévoit que le chômage atteindra la barre des 10% en juin, belle performance. S&P a dégradé notre précieux AAA, mais, ne vous inquiétez pas les agences Moody’s et Fitch ont décidé de nous laisser respirer. Quand on sait que Marc Ladreit de Lacharrière, ami de Sarkozy et gourou du CAC 40, est le patron de Fitch, on peut tout de même se poser des questions sur l’objectivité de cette notation. En résumé, tout va bien dans le meilleur des mondes, et si les deux plans de rigueur que nous avons essuyé ne suffisent pas, on peut s’attendre à de nouveaux « ajustements ». Français, dormez tranquille, le gouvernement veille au grain. Pour vous assurer de la bonne santé économique de notre pays, je vous invite à consulter cette inventaire des bonnes nouvelles à venir concocté par l’INSEE…

Maigre consolation, ça ne va pas mieux ailleurs. « La zone euro devrait être plongée dans une récession modérée jusqu’à la seconde moitié de cette année » nous apprend Reuters qui table sur une baisse du PIB de 0,3% pour 2012, vivement juillet !

L’herbe n’est pas plus verte ailleurs

Les Hongrois eux, ne se sont jamais mieux portés. Alors que leur gouvernement multiplie les atteintes à la démocratie, le peuple est descendu en masse pour le soutenir face à l’ingérence de Bruxelles dans ses affaires intérieurs. Las. Pourtant Viktor Orban fait du bon boulot. Alors qu’en mai dernier, l’OCDE tablait sur une croissance de 3,2%, l’organisation a revu ses estimations à la baisse et prévoit maintenant une récession de l’ordre de 0,6% pour 2012. Preuve que les mesures liberticides et les coupes budgétaires qu’il entreprend depuis le début de son règne portent leur fruit…

Chez nos amis transalpins, les patrons font preuve d’un optimisme éclatant et envisagent une croissance récession de 1,6%. Le gouvernement italien, serein, s’attend lui à un repli du PIB de seulement 0,4%. D’ailleurs, pour arriver à ses fins, il a lancé un grand plan de libéralisation de l’économie. « Taxis, pharmacies, transports publics locaux, distribution d’essence, gaz, professions libérales, assurances ou encore banques » seront ainsi ouverts à la concurrence nous apprend le Monde. C’est la phase 2 des grandes réformes annoncées par le très libéral Mario Monti. Pour rappel, l’Italie a déjà subi un plan de rigueur drastique en décembre. Et les réjouissances ne s’arrêteront sûrement pas là. Silvio Berlusconi, son regretté prédecesseur fait savoir que son parti se réserve la possibilité de « modifier ces mesures ». Et comme l’Italie est pleine de surprises, Pier Luigi Bersani, leader du Parti démocrate (donc de gauche) a lui jugé qu’il était possible « d’en faire plus ».

On se rappelle qu’un autre gouvernement de gauche, celui de Georges Papandréou en Grèce, avait également été très loin sur la voie de la rigueur sur ordre de la toute puissante Troïka (UE, FMI, BCE). Le pays est aujourd’hui suspendu à la décision de l’IIF, le lobby bancaire, qui négocie actuellement avec le gouvernement grec un effacement de dette d’au moins 100 milliards d’euros. Mesure pour le moins essentielle au vu de la situation. Le pays a connu une contraction de son économie de 5;5% en 2011 et sa dette atteint 160% du PIB. Le gouvernement grec, qui aspire également à une aide de 130 milliards d’euros (émanant peut-être de la BCE), prépare une nouvelle cure d’austérité. Après les baisses de salaires et les hausses d’impôt drastiques déjà consenties, le peuple grec a une nouvelle fois envahi les rues d’Athènes et décrété une grève générale pour s’insurger contre cette nouvelle saignée.

Je m’arrêterai là pour le constat, pourtant, la situation de l’Angleterre, de l’Irlande ou du Portugal mériteraient qu’on s’y attarde. Même l’Allemagne perd de sa superbe, malgré les réformes Hartz de flexibilisation du marché du travail engagées par l’ancien patron de Volkswagen et durcies par le le social-démocrate Schröder.

Se tirer une balle dans le pied

Malgré les cris du peuple, les politiques d’austérité se sont généralisées en Europe, et la rigueur est présentée comme la seule voie possible de sortie de crise par nombre d’économistes, de patrons et de politiques libéraux. Les mass-media se font le porte-voix de cette théorie suicidaire, sans jamais (ou presque) la remettre en question. Pourtant, de nombreux autres économistes dénoncent cette ineptie. Je ne citerai que les deux prix nobel d’économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz ansi que les plus de 3000 économistes qui ont signé le « manifeste des économistes atterrés » [must-read].

« Ces mesures [d’austérité] sont irresponsables d’un point de vue politique et social, et même au strict plan économique, puisqu’elles vont maintenir les pays européens dans la récession », écrivent-ils. Mais leur parole est trop rarement relayée dans des médias paralysés par une pseudo neutralité journalistique qui fait insidieusement d’eux des défenseurs de l’ordre établi.Pourtant, même le très libéral Jacques Attali prône une politique de relance en réponse à la rigueur que l’on nous impose.

Mais face à cette avalanche de désespoir et de politiques cruelles qui orchestrent sciemment la misère pour le seul bénéfice des marchés financiers, il est tout de même permis d’espérer.

Du chaos renait l’espoir

En effet, si la révolte populaire est restée jusqu’alors très timide en France, c’est notamment parce que la situation n’était pas assez catastrophique pour que la population se décide à descendre dans la rue, de peur de perdre le peu qu’il lui restait. Si la situation économique dégénère, ce frein pourrait sauter. De plus, les mouvements d' »indignés » se multiplient de part le monde. La colère tend à se généraliser, malgré un relai insuffisant des médias.Les peuples réclament notamment une démocratie réelle, voire une démocratie directe (pléonasme qui ne choque malheureusement personne).

En réponse à cette guerre économique larvée contre les populations, où la dette est utilisée comme levier d’asservissement et justification à l’austérité, des audits citoyens de la dette et des conférences-débat sont organisés pour sensibiliser le public et le déculpabiliser. En effet, on nous a tellement répété que nous avions vécu au-dessus de nos moyens et que la crise est une responsabilité collective que nous avons fini par y croire. Pourtant, les dépenses publiques n’ont pas augmenté depuis 1980 en Europe (en valeur relative). En France, les dépenses publiques représentaient 51,2% du PIB en 1985 et s’élevaient à 52,7 en 2008. Dans le même temps, la dette publique a été multipliée par 5 en 25 ans. Le déficit qui se creuse (et donc la dette qui augmente) depuis cette période s’explique donc par une diminution des recettes due à deux facteurs : baisse de la croissance et diminution des recettes fiscales.

C’est donc principalement les cadeaux fiscaux consentis depuis des années qui sont à l’origine de la dette que l’on veut faire payer à la population. Les initiatives sus-citées, bien qu’encore trop marginales, participent à la prise de conscience et pourraient déboucher sur le non-remboursement d’une partie de la dette, considérée après audit comme illégitime, comme ce fut le cas en Equateur en 2007.Le Comité d’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) propose que les pays occidentaux endettés suivent cet exemple car pour son vice-président, « le tiers-monde aujourd’hui, c’est aussi nous ». Et les propositions pour modifier en profondeur notre système ne manquent pas. Des ouvrages fleurissent pour nous indiquer une nouvelle voie à suivre, « Pour une révolution fiscale » de Thomas Piketty et le livre « Changer d’économie » signé par es économistes atterrés en sont deux bons exemples. Mais c’est à chacun de s’investir pour, en participant à ses audits, et en prenant la peine de s’informer.

Instruisez-vous !

Mais le règlement de la question de la dette ne se fera pas sans régler la question de la démocratie. Les systèmes occidentaux n’ont rien de démocratiques, contrairement à ce que l’on nous assène à longueur de temps, et s’apparentent à des oligarchies comme l’expliquent l’historien Moses I Finley ou encore Hervé Kempf, journaliste au Monde dans son ouvrage « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie ». Ainsi, la majorité des décisions politiques prises depuis 30 ans l’ont été à l’encontre de l’intérêt général et au profit de l’enrichissement de quelques-uns, les fameux 1%. Pour trouver une solution pérenne à l’appauvrissement programmé des populations, c’est donc notre système politique qu’il faut remettre à plat en redonnant au peuple les moyens de décider de son destin, autrement que lors d’une consultation symbolique tous les cinq ans.

Dans ce contexte, l’exemple de l’Islande est source d’espoir. En effet, ce peuple qui en 10 ans est passé de la prospérité à l’effondrement a décidé de reprendre son destin en main en désignant (au tirage sort) une assemblée constituante, chargée de rédiger une nouvelle Constitution en totale transparence. Les échanges étaient diffusés sur internet et tous les Islandais pouvaient soumettre leurs idées par le même canal, rendant cette initiative participative et démocratique par essence. Cette Constitution doit maintenant être ratifiée par le Parlement avant de pouvoir entrer en vigueur. La révolution démocratique islandaise est toujours en cours mais montre la voie aux peuples d’Europe à la recherche d’une alternative réelle.

Mais ce changement historique ne se fera pas sans une prise de conscience collective qui passe par des efforts individuels pour s’informer, et informer. Les citoyens ont la possibilité de faire bouger les lignes, à condition qu’ils s’en donnent les moyens. L’actuelle démission  du citoyen, qui laisse à un groupe restreint de personnes la possibilité de décider pour (et contre) eux, est le fléau à éradiquer pour accéder à un État démocratique. Pour être en mesure de comprendre les enjeux de notre siècle, nous devons nous faire violence et aller chercher l’information au-delà des flashs infos de BFM TV ou des pitreries du petit journal. Un peuple instruit ne se ferait pas berner par l’arnaque de la dette comme c’est le cas aujourd’hui, et ce même peuple serait en mesure de construire les outils nécessaires à son émancipation, ce qui n’est pas possible au vu du désintérêt actuel de la population pour la chose politique, en dehors des tweet-clashs de Nadine Morano, et des basses attaques entre les candidats à la présidentielle.

Sus à l’apathie générale et à vos livres citoyens !

E.D

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