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Point de vue

Le Morano Bashing, chronique d’un panurgisme ordinaire (et dangereux)

La saison du Morano bashing est ouverte. Tout l’internet se gausse en cœur de la bêtise et de la vulgarité de la secrétaire d’Etat. Le mimétisme social, qui pour certains penseurs et chercheurs relève de notre instinct humain, a la côte sur les sociaux. Et il y a des raisons de s’en inquiéter.

L’omniprésence de Nadine Morano ces derniers jours sur le net, les radios et les télévisions n’aura sans doute échappé à personne. Sa mauvaise connaissance de la TVA allemande et son goût pour la provocation lui ont valu des centaines de tweets (et de vidéos) malveillants. On l’a affublé des pires sobriquets et des merveilles d’ingéniosité ont été déployées pour trouver le jeu de mot le plus caustique, le plus blessant.

Ne vous méprenez pas, l’idée n’est pas de prendre sa défense, d’autres l’ont fait. D’ailleurs, j’ai moi même apporté ma modeste contribution à la frénésie collective qui s’est abattue sur elle. Il faut dire que ses abus de pouvoir, sa mauvaise foi, son agressivité et son erreurs légendaires ne plaident pas en sa faveur. Je ne partage pas non plus le point de vue d’Arnaud Leparmentier (sur inspiration d’Alain Minc), qui analyse ces critiques comme étant des « critiques de classe », sous entendant que si Nadine Morano est ainsi vilipendée, c’est à cause de son origine sociale. C’est oublier que la bêtise n’est pas l’apanage des pauvres. Et je ne suis pas sûr que l’on puisse toujours comptabiliser Nadine Morano comme membre de la classe populaire, sauf à considèrer que, comme on Inde, on naît et on meurt dans la même caste.

Mais pourquoi les internautes sont-ils si méchants ?

Si l’agressivité et l’acharnement de Nadine Morano à défendre le bilan calamiteux de Nicolas Sarkozy font d’elle une personnalité politique logiquement peu appréciée, je suis tout de même mal à l’aise face à cette déferlante de rage à son encontre. Je me demande également pourquoi, à quelques mois de l’échéance électorale de mai 2012, elle continue à courir les plateaux (et pourquoi l’UMP la laisse faire),alimentant ainsi la haine qu’elle engendre. Par orgueil ? Pour faire diversion ? J’avoue ne pas comprendre, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète ici.

Le plus dérangeant à mon sens n’est pas qu’elle hérisse les poils des internautes, mais, qu’encore une fois, ces derniers se laissent aller à un panurgisme décidément solidement ancré dans les mœurs du web. Il y a peu, le tout-Twitter s’était levé d’une seule voix, dans un élan de bien-pensance caricatural, pour s’insurger contre un billet de Patrick Besson imitant l’accent d’Eva Zoly. Les mêmes qui criaient à l’injure raciste envers la candidate écologiste ne se privent d’aucune grivoiserie à l’encontre de la secrétaire d’Etat à l’Apprentissage. Si hier, la défense d’une opprimée attaquée par le grand méchant Patrick Besson était socialement accepté, la lapidation virtuelle de Nadine Morano semble aujourd’hui de bon ton. Et là, tous les dérapages sont excusés, et même encouragés.

Arme de distraction massive

Internet, ce formidable outil, protagoniste tant de fois loué (notamment lors du printemps arabe), sensé nous apporter plus de liberté ne nous soumet-il pas à un nouveau diktat ? Celui de la masse, docilement guidée par quelques influents (ou par la masse elle même, par un effet d’entrainement). Certes, si la foule virtuelle est emplie de bonnes intentions, internet et plus particulièrement les réseaux sociaux, peuvent faire bouger les lignes de façon positive. Mais, malheureusement, le phénomène marche dans les deux sens et un torrent de haine peut se déverser sur une victime, bonne ou mauvaise, en quelques minutes.

Cette réaction est doublement inquiétante. Premièrement car, elle expose chacun de nous à la vindicte de procureurs publics virtuels autoproclamés et échauffés par leur nombre et leur audience soudaine. La responsabilité est collective. Deuxièmement, parce que cette levée de boucliers sert bien le pouvoir en place. Pendant que le peuple connecté est occupé à retweeter des blagues sur Nadine Morano, il ne se préoccupe pas de la TVA sociale et de la possible mise sous perfusion de Dexia. Ça fait gagner moins de followers…

Certes, Twitter et le net ne font qu’exacerber un besoin presque intrinsèque à l’Homme de désigner un bouc émissaire à lyncher, occultant tous les autres. Mais j’ai bien peur que cela n’aille en s’empirant, laissant la porte ouverte à nos dirigeants pour gouverner sans contraintes une population obnubilée par le buzz.

Nadine Morano, les puissants vous remercient.

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