//
you're reading...
Uncategorized

Au revoir France Soir

France Soir, quotidien national créé en 1944 va bientôt abandonner son édition papier et publier uniquement sur internet.

Un résistant s’éteint. France Soir, quotidien apparu en 1944 sous le nom de France Soir – Défense de la France pourrait bientôt imprimer son dernier journal. Titre phare de l’après guerre tiré à plus d’un million d’exemplaires au sommet de sa gloire, le journal accuse de lourdes pertes. L’oligarque Russe qui a racheté le titre en mars 2010 avec pour prétention d’atteindre les 200 000 exemplaires a déjà déboursé près de 100 millions d’euros pour un tirage moyen atteignant péniblement 70 000 exemplaires.

Une fin annoncée

Placé en procédure de sauvegarde pour éviter le redressement judiciaire, la direction pourrait officialiser l’arrêt du papier au profit du web lors de l’assemblée générale de vendredi. Si la nouvelle se confirme, France Soir sera le premier quotidien national français à abandonner sa version papier. Une nouvelle inquiétante pour la diversité de la presse mais aussi pour la pérennité d’autres titres français.

Cette fin annoncée, mais maintes fois repoussée à coups de millions, est une conséquence indirecte du désamour des français pour les journaux nationaux. Si certains comme Le Monde ou Libération peuvent se targuer d’une légère embellie de leurs résultats ces derniers mois, c’est souvent au prix de réductions d’effectifs et de coûts drastiques engagées depuis quelques années déjà. Le tout au détriment des conditions de travail des journalistes avec pour conséquence une baisse prévisible de la qualité éditoriale.

France Soir est à la PQN ce que la Grèce est à l’UE

La situation du quotidien n’est pas sans rappeler celle de la Grèce. Le défaut de paiement, inimaginable il y a encore quelques semaines est aujourd’hui réalité, tout comme la faillite d’un quotidien national paraissait impossible il y a peu. Las, le tabou est brisé. Un journal, au même titre qu’un Etat, peut faire faillite. Si l’hémorragie est pour l’instant contenue, il n’est pas impossible qu’elle s’étende à d’autres journaux, 20 minutes, quotidien le plus diffusé en France ayant déjà annoncé son intention de passer au 100% internet en 2013.

Le cas de La Tribune, quotidien économique lui aussi en procédure de sauvegarde, sonnait comme un premier avertissement pour la presse papier. Cet été, il avait stoppé sa diffusion papier pendant deux semaines, son nouveau directeur considérant que diffuser un quotidien en été revenait à « jeter de l’argent par les fenêtres ». Les robinets russes s’étant quelque peu asséchés, il n’y a plus d’argent à jeter par les fenêtres de France Soir. Ce n’est pas par choix stratégique mais pour tenter de sauver les derniers meubles que le quotidien va se concentrer sur le web.

Un avenir sur le web incertain

Mais même une fois le titre débarrassé du gouffre financier que représente l’impression de journaux au niveau national, il ne sera pas pour autant tiré d’affaire. France Soir, qui deviendrait un pure player (uniquement diffusé sur le net), aura du mal à creuser son trou parmi la concurrence française, plus expérimentée mais qui peine déjà à trouver son équilibre. Malgré une ligne éditoriale originale, Rue89, Owni ou Slate n’ont pas encore trouvé un modèle économique viable. Il paraît donc improbable que France Soir, sans politique web novatrice et ambitieuse arrive à combler le retard et à attirer assez d’annonceurs pour survivre.

Mediapart, qui a lui fait le pari de l’abonnement payant, annonce être bénéficiaire pour la première fois cette année, après trois ans d’existence. Mais il y a  peu de chances que le futur ex-grand quotidien français opte pour cette solution. En effet, dans l’état actuel des choses, la rédaction n’est pas en mesure de proposer des contenus assez originaux et exclusifs pour justifier un accès payant.

À cette tragédie pour la presse s’ajoutent les conséquences sociales. Une vague de licenciement devrait vider la rédaction de plus de la moitié de ses journalistes. Des suppressions de postes ou non renouvellements de CDD qui ne viendront que confirmer la règle tacite en vigueur dans l’entreprise depuis plusieurs mois. France Soir n’est malheureusement pas un cas isolé, le secteur de la presse déplorant un nombre de journalistes encartés en baisse pour la première fois en 2010. Les ouvriers du livre qui ne seront plus mis à contribution seront touchés de façon indirecte par l’arrêt de la publication papier.

Premier d’une longue série ?

France Soir n’est plus le grand quotidien qu’il a été. Ses titres racoleurs suivis de points d’exclamations en pagaille lui ont fait perdre de sa superbe. Mais la disparition d’un titre papier reste une regrettable nouvelle. Ce matin, le journal n’était pas en kiosque suite à une décision de la société des journalistes qui n’accepte pas ce plan d’austérité à marche forcée. La presse quotidienne française s’est réveillée avec la gueule de bois, consciente que la mort de France Soir n’est peut-être que le début d’une série à suspense.

Ironie du sort, la fin de l’édition papier du quotidien lancé par Philippe Viannay, co-créateur du CFJ, est annoncée le jour ou l’école de journalisme parisienne accueille en grande pompe Arianna Huffington. La patronne du Huffington Post, s’apprête à lancer une version française qui viendra concurrencer le pure player  qu’est sur le point de devenir France Soir.

E.D.

Publicités

Discussion

2 réflexions sur “Au revoir France Soir

  1. Un détail, j’ai vérifié mais France Soir sur le web fait beaucoup plus d’audience que Slate ou Owni. De là à être rentable… je vous rejoins.

    Publié par Mkl | 11/10/2011, 1:52

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :