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Que faire un lundi quand on est graffeur – Reportage

Après avoir passé un drôle de dimanche avec un graffeur Lillois, nous nous revoyons le lendemain pour une nouvelle session, nocturne cette fois-ci.

Ne pas prendre de risques. Pour limiter au maximum la possibilité de faire une rencontre malveillante, il n’est pas prévu que nous partions avant deux heures du matin. La cible du soir, un train, arrêté dans une gare de voyageurs. Pili (prénom modifié) m’annonce qu’il préfère sévir en Belgique. Il risque moins en cas d’arrestation même si « les flics belges sont des enculés ». Il le fait souvent et à ses habitudes dans une gare, non loin de la frontière avec la France.

Longue attente

Pour patienter, Pili et ses compères se décident à faire un barbecue accompagné de quelques bières typiques et d’herbe provenant de la Hollande voisine. L’ambiance est calme, on se décide même à regarder un film.

Vers les deux heures du matin, nous décidons finalement d’y aller. Contrairement à la veille, la pression se fait sentir. L’endroit choisi est plus risqué, la nuit est opaque et la fatigue engourdit les membres.

Surveillance

Pili arrive à convaincre deux associés de venir en renfort. Réticents à l’idée d’avoir affaire avec la police, les deux compères acceptent à condition de se tenir éloignés. Avant de monter dans la voiture, il enfile des vêtements plus apte à la pratique du graff. Sur la route, il est décidé que les deux guetteurs stationneront sous le pont qui jouxte la gare. De là, ils auront une bonne vue d’ensemble et pourront voir venir la sécurité et alerter Pili.

Une fois la voiture garée, Pili emprunte un itinéraire qu’il connaît bien. Les rues sont désertes, seule une voiture vient briser le silence de la ville endormie. Le site est étonnement accessible. Un petit chemin utilisé par les riverains descend sous le pont. De là, on peut sans encombres accéder aux rails. Dès l’arrivée sur le site, la pression retombe, laissant place à la concentration. Une fois les yeux habitués à l’obscurité, il faut veiller à ne laisser échapper aucun détail qui pourrait trahir la présence de la sécurité.

Concentration et discrétion

Une voiture de police passe, les guetteurs restés en retrait tentent d’appeler. Trop tard, les portables sont éteints et Pili avance déjà le long des rails. Les trains sont à quelques centaines de mètres du pont. Les quais de la gare étant éclairés, la traversée se faire à découvert. Seules une maisonnette et une butte de cailloux permettent d’avancer caché.

Plus de nouvelles du véhicule de police qui n’a rien remarqué de suspect. Pili commence son graff. Il se contentera d’inscrire le nom de son crew sur un wagon en tricolore. Il faut faire vite. Il s’est donné 10 minutes pour réaliser son graff. Je ne peux pas prendre de photos, le flash étant le moyen d’attirer l’attention et de finir en garde à vue.

Action

C’est donc dans un noir quasi-total, le train obstruant la lumière provenant du quai, qu’il déplace sa bombe méthodiquement sur la surface en métal. Les gestes sont nets, sans hésitation malgré la pénombre. L’odeur de peinture envahit par à coups les narines. Forte mais agréable.

Des coups d’œil réguliers sous le train permettent de s’assurer que personne ne vient troubler ce moment d’expression artistique vandale. C’est sans problème que Pili finalise son graffiti. Il décide malgré les risques de prendre une photo de son œuvre avant que celle-ci fasse le tour de la Belgique ou soit effacée. Il pense immédiatement à mettre la carte mémoire de son appareil dans son caleçon pour ne pas qu’on lui attribue les dégradations en cas de contrôle impromptu.

Le retour à la voiture se passe sans encombre. Pour être tranquilles, il ne reste qu’à rentrer en France, l’histoire d’une dizaine de minutes. Une fois la frontière passée, les risques de se faire prendre s’approchent de zéro. C’est ce qui se passera. Pili pourra ce soir dormir dans son lit, loin des flics belges et de leurs méthodes expéditives, notamment envers les français. Cette fois, le graffeur aura pu sans entrave faire passer son message, autant artistique que politique.

E.D.

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