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Graff, Reportage, Street art

Le drôle de dimanche d’un graffeur Lillois – Reportage

Session diurne de graff avec un jeune passionné Lillois.

Au lendemain de la Braderie, Lille a la gueule de bois. Moi aussi. Pourtant ce n’est pas sur mon canapé que je vais passer l’après-midi. Je rejoins, Pili (prénom modifié), un graffeur de la métropole nordiste, dans un bar de la ville. Nous faisons connaissance en buvant une bière, histoire de me remettre d’aplomb. Après deux pintes revigorantes, nous prenons la direction d’une petite ville, à quinze minutes de là.

Sur la route, il me dévoile le programme de l’après-midi. Nous nous dirigeons vers un dépôt de trains commerciaux, ce qu’il a tendance à considérer comme un plan « tranquille ». Ce qui explique que l’on puisse s’y rendre en plein jour.

Une fois sur place, Pili reconnaît une voiture garée non loin de l’entrée du dépôt. Deux autres graffeurs ont déjà investi les lieux. Leur présence imprévue ne pose pas de problème. Il les connaît, ils font partie de son crew.

Infiltration

Pour accéder au site, il faut s’engouffrer à travers un dense bosquet parsemé d’arbres et d’herbes folles. Si la traversée ne comporte pas de risques, elle ne tient pas pour autant de la panacée. En effet, les ronces et le branches compactes sont là pour rappeler que nous ne sommes pas en territoire autorisé.

Une fois la forêt passée, on se retrouve au bord des rails, à proximité du premier wagon. Les deux compères de Pili sont déjà là. Ils ne sont pas surpris, ils s’attendaient à le trouver ici cette après-midi. Pili rappelle qu’une tour de contrôle surplombe le dépôt, les obligeant à courir lorsqu’ils évolueront à découvert.

Rapidité

Le signal de départ est donné. S’engage alors une succession de courses entre les trains et d’escalade des plate formes. S’il est physique, ce parcours de santé est aussi assurément grisant. À mi-chemin entre un film des Yamakasis et un épisode de James Bond. À chaque locomotive, Pili marque une pause et vérifie que la voie est libre. Il stoppe sa course une dizaine de rails plus loin, ses associés jettent eux leur dévolu sur la locomotive d’à côté. Notre guide du jour choisit un train encore à peu près vierge et en état de marche. Et oui, la visibilité d’un graff influe sur le plaisir qu’on en tire. Savoir qu’il pourra être vu par un Allemand ou un Marseillais est plus plaisant que l’imaginer croupir au dépôt.

Pili sort alors de son sac ses bombes de peinture. Le nombre de couleurs disponibles dépend de l’argent qu’il a en poche. Il y a encore quelques années, il était simple de passer la frontière et d’aller voler des bombes en Belgique. Il est effectivement de bon ton pour un street-artist de ne pas payer les instruments de sa dégradation. Mais devant la multiplication des vols, les magasins ont mis en place des mesures de protection. Aujourd’hui Pili à cinq couleurs à sa disposition.

Expression

Sans attendre, il s’approche de la paroi et commence à dessiner des lettres aux contours grossiers en vert qu’il remplit ensuite en orange. Dès les premières pressions sur le capuchon, l’enivrante odeur de la bombe monte aux narines et à la tête. Une fois cette étape (la plus coûteuse en peinture) achevée, il trace au milieu des lettres une bande blanche, pour donner un style à l’imprimé. Vient le fignolage des contours, en noir cette fois-ci. Là, le graffeur prend son temps et même parfois un peu de recul pour observer son travail. Pendant ce temps là, les membres du crew de Pili inscrivent le nom de leur équipe sur un autre wagon. Au moindre bruit suspect, le groupe se fige.

Parfois, Pili s’arrête pour boire une gorgée de bière ou tirer sur une cigarette. Après une trentaine de minutes, il s’attaque au surcontour, en blanc pour faire ressortir le dessin. Il ajoute une touche finale de jaune, fait la moue puis pose sa bombe. Il n’est pas satisfait de son travail. Il tourne le dos à son graph, « Sté Mimetik ». Celui-ci vise à dénoncer le mimétisme qui règne dans notre société.

Pour dissiper sa déception, il saisit une de ses bombes et dessine furtivement un tag au nom de son crew sur le train d’en face. Ces derniers coups de bombes sonnent la fin de la session. Chacun plie ses basques et rebrousse chemin en observant la même prudence qu’à l’aller.

Les protagonistes regagnent leur véhicule, satisfaits d’être passés, cette fois-ci, entre les mailles du filet de la répression anti graffiti. Sur la route menant à l’apéro, l’idée d’une sortie nocturne dans un endroit plus risqué, plus « vandale », est évoquée. Tout dépendra du bon vouloir de la météo et du degré d’alcoolémie.

E.D.

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