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Agence de presse néozélandaise fermée, AFP menacée

Elle s’est éteinte mercredi 31 août après 131 ans d’existence. L’agence de presse néozélandaise NZPA ( New Zealand Press Association) est décédée des suites d’une longue maladie : la crise de la presse. Cette fin tragique interroge sur la pérennité de sa cousine française, l’AFP, qui elle aussi traverse une période difficile.

Les jours de NZPA étaient comptés. L’agence qui, au milieu du XXème siècle, comptait 70 journaux abonnés et avait des bureaux à Londres, Sydney, New-york, Washington et Singapour souffrait de restructurations bouleversant la presse nationale. « Ces dernières années, la presse écrite néozélandaise a connu un mouvement de consolidation et les journaux sont désormais détenus par deux groupes principaux, Fairfax et APN News and Media, tous deux australiens », a déclaré à l’AFP Kevin Norquay, le rédacteur en chef.

Ses deux groupes ont décidé de miser sur la presse en ligne au détriment du papier et « ont moins besoin de NZPA car leurs journalistes couvrent déjà les sujets proposés par l’agence », a précisé Kevin Norquay. Ainsi, Fairfax avait annoncé au printemps son intention  de se désabonner. Fragilisée par la diminution du nombre de ses clients et l’obsolescence de son mode de fonctionnement face à une presse ultra-connectée, la NZPA n’a pas su réagir. Les 40 journalistes de l’entreprise se sont donc réunis le 31 août au soir, après la publication de la dernière dépêche, pour enterrer ce qu’il restait de leur agence de presse nationale. La nouvelle n’est pas pour autant mauvaise pour tout le monde. En effet, comme le précise l’AFP, Fairfax, APN News and Media et l’agence de presse australienne AAP vont renforcer leurs réseau en Nouvelle-Zélande, suite à la fermeture de NZPA.

NZPA fermée, AFP menacée

En France, la situation n’est guère plus brillante. Si l’AFP avec ses 2900 collaborateurs couvrant 165 pays est un groupe bien plus imposant que son défunt confrère néozélandais, elle n’en est pas moins en train de péricliter.

De nombreux journaux, notamment des titres de la PQR et les gratuits, ont décidé (ou annoncé leur décision) de se désabonner. Le manque d’informations de premières mains en région (de nombreux correspondants de l’agence travaillent déjà pour des titres de la PQR) combiné à la vitesse de la transmission de l’information permise par internet et au coût prohibitif de l’abonnement ont entamé la fidélité des patrons de presse envers la plus vieille agence du monde.

Comme la NZPA, l’AFP a de moins en moins de clients. Ceci s’explique par les nombreux désabonnements et par le rachat de groupes de presse entre eux. Cette raréfaction du nombre d’abonnés rend l’agence très dépendante des derniers titres qui lui restant fidèles, chaque nouveau désabonnement étant désormais vécu comme une petite catastrophe. Nombreux sont les journaux qui ont profité de la situation cette faiblesse pour revoir le prix de leur abonnement à la baisse.

Une agence sous perfusion de l’Etat

Pour ne rien arranger, l’AFP risque de perdre son plus gros client. Ce gros poisson qui compte pour 40% du budget de l’agence (soit 115,4 millions d’euros), c’est l’Etat Français qui permet à l’agence de vivre sous perfusion (et sur les deniers publics) grâce à de couteux abonnement. Une plainte de l’agence de presse Allemande DAPD auprès de la Commission européenne pourrait mettre en péril la survie de ce dinosaure de l’information. D’après la DAPD, l’aide de l’Etat provoquerait une distorsion de concurrence, la subvention permettant à l’AFP de proposer des services à prix cassés (la moitié de ce qu’ils pratiquent). L’AFP pourrait avoir à rembourser les sommes touchées ces dix dernières années. Néanmoins, il y a peu de chance que l’agence soit forcée de rembourser les sommes versées par l’Etat. En effet, la plupart des pays européens sont abonnés à leurs agences respectives et leur versent donc des sommes d’argent conséquentes, même si bien en dessous des subventions de l’Etat Français. De plus, Emmanuel Hoog, le président de l’AFP estime que par le truchement d’une pirouette juridique, l’aide pourrait être légitimée auprès des instances européennes.

Une indépendance remise en cause

Vu que les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, l’AFP doit en plus faire face à d’importants désaccords internes. Emmanuel Hoog, voit dans la procédure entamée par la Commission européenne une opportunité de modifier les statuts de l’entreprise. Mais son initiative, qu’il juge « urgente », n’est pas du goût de tout le monde. Pour preuve, une assemblée générale était organisée par l’intersyndicale jeudi 1er septembre, veille du comité d’entreprise extraordinaire voulu par la direction. La réunion syndicale qui pourrait déboucher sur une grève s’accompagne d’une motion de défiance des salariés sur leur PDG. Les journalistes de l’agence craignent en effet que l’AFP et ses journalistes perdent de leur indépendance.

En cause, une proposition de loi sur la « nouvelle gouvernance de l’AFP » rédigé par le député UMP Jacques Legendre et visant à régulariser les relations de l’agence avec les pouvoir publics. Pour parvenir le plus rapidement possible à ses fins, Emmanuel Hoog s’appuie sur les services de Pierre-Jérôme Hénin, ancien conseiller de Sarkozy et nouveau dirigeant d’une entreprise de communication, Média9. Dans un document de travail que Mediapart s’est procuré, Pierre-Jérôme Hénin détaille les mesures à prendre pour «convaincre la Commission européenne du bien-fondé d’une proximité avec l’État» et accélérer le vote de la proposition de loi. L’inquiétude règne au sein de l’agence. Les réunions de cette fin de semaine permettront peut-être d’avoir une meilleure visibilité sur l’avenir de la prestigieuse agence et son futur rapport à l’Etat.

La fermeture de l’agence néozélandaise ainsi que les déboires financiers et éthiques qui agitent l’AFP posent la question de l’utilité et de la pérennité de l’agence de presse. Ce mastodonte français de l’information survivra-t-il à la crise économique et d’identité que traverse la presse ? Rien n’est moins sûr. L’agence aura à retrouver sa place dans un secteur de l’information encore en mutation. Sans remise en question de son mode de fonctionnement et si l’entreprise n’arrive pas à s’émanciper de l’influence de l’Etat, sa survie, ou tout au moins sa légitimité, est menacée.

E.D.

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