//
you're reading...
Point de vue, Uncategorized

Pourquoi les indignés le resteront ?

Alors que les indignés français battent le pavé depuis deux mois, celui-ci risque de rapidement retomber dans la mare. Le mouvement a en effet peu de chances de durer et de prendre une ampleur conséquente pour plusieurs raisons.

La misère n’est pas assez profonde
Premièrement -et c’est terrible de devoir dire cela- la situation économique n’est pas assez catastrophique. Le mouvement espagnol est né sur un terreau de précarité énorme chez les jeunes (40% des -25 ans au chômage, trois fois la moyenne mondiale), conséquence d’une économie touchée de plein fouet par la crise. Désarroi alimenté par de nombreuses expulsions dues à des défauts de paiement et une sévère crise du secteur de la construction, alors moteur du pays. Nous n’en sommes pas encore là. En France, les jeunes s’en tirent pour l’instant mieux, avec un taux de chômage de 23% pour la même catégorie d’âge. De plus, près de 90% des actifs français travaillent et peuvent encore manger et se loger.

La situation est bien pire en Grèce où les plans d’austérité impactent directement le pouvoir d’achat des ménages (hausse de la TVA, des taxes sur certains produits de consommation courante, baisse des salaires des fonctionnaires…). La misère était tout aussi profonde au moment du printemps arabe. 41% des Égyptiens et 27% des Tunisiens vivaient sous le seuil de pauvreté (2 dollars par jour au plus) et les dictateurs « démocratiquement élus » l’étaient avec près de 90% des voix. L’opposition, quand elle n’était pas en prison, vivait sous pression ou au mieux sous surveillance. Chez nous, l’opposition vaut ce qu’elle vaut, mais elle peut s’exprimer avec une certaine liberté.

Une mobilisation de jeunes dans un pays de vieux

En outre, le mouvement des indignés français est une filiale de « los indignados », mobilisation initiée par la jeunesse espagnole. Dans notre pays où les plus de 40 ans représentent plus de 60% de la population, si le mouvement n’est pas transgénérationnel, il est voué à l’échec. Or, les seniors, étant déjà installés et ayant pour la plupart un emploi et une situation a peu près stabilisée, peinent à se reconnaitre dans cette mobilisation qui ne reflète que partiellement leur quotidien. Même si à Paris, des adultes de 30, 40 ans et plus viennent grossir les rangs peu épais des partisans de la démocratie réelle.
Au sud de la Méditerranée le rapport était quasiment inversé avec 44% de la population en dessous de 25 ans en Tunisie et 52% en Égypte. Sans perspectives d’avenir, c’est ensemble que ces jeunes se sont révoltés, poussés par un désir commun de liberté et de conditions de vie décentes.

Des médias indifférents

J’entendais il y a quelques semaines un journaliste de Libération parler du mouvement. Sa vision est symptomatique, selon moi, du traitement réservé par les médias de masse à la mobilisation en cours. « Ce n’est qu’un énième mouvement de jeunes, disait-il, comme il y en a tous les cinq ans. » Peu convaincus par la capacité des indignés à faire bouger les lignes, les main stream medias n’évoquent que très peu le mouvement, participant à sa marginalisation. Or, pour que celui-ci prenne de l’ampleur, il aurait bien besoin d’être relayé. Pourtant, à part quelques laconiques articles et émissions, seuls les réseaux sociaux se font l’ écho de la mobilisation en France.  Et ce malgré le fait qu’il soit représenté dans plusieurs villes du pays.

Peur de tout perdre

La peur est un autre élément qui risque d’empêcher le mouvement de prendre de l’ampleur. Nombreux sont les personnes qui ne s’engageront pas dans la lutte par crainte du changement. Effrayés par l’idée que la mobilisation puisse prendre de l’ampleur et paralyser le pays, les français craignent de perdre le peu d’avantage et de confort qu’il leur reste. La présence préventive, massive et répressive de forces de l’ordre rajoute une dimension physique et concrète à cette peur.

La pression sociale joue aussi un rôle déterminant. Tant que le mouvement ne sera pas relayé par les médias de masse, il sera considéré comme marginal. Cette marginalisation le rend impopulaire et la masse n’acceptera pas d’en faire partie, par honte du regard de la majorité. En témoigne le décalage entre les 3 300 personnes inscrites sur le groupe Facebook Réelle Démocratie Paris et les quelques dizaines d’indignés présents aux débats et aux commissions organisés sur la place publique. On est loin de l’euphorie des premiers jours.

Résignation face à la fatalité

La résignation de la population est un autre facteur important. Les Français ne semblent pas croire qu’ « un autre monde est possible ». Face à ce sentiment d’impuissance, il est difficile d’agir. Annah Arendht avait théorisé « cette banalisation du mal » au moment du régime nazi. Dans un contexte bien moins dramatique, le même mécanisme s’applique aujourd’hui. Comme face à une catastrophe naturelle ou à une maladie incurable, le sentiment dominant est la résignation. Dur de se soulever contre ce qui semble être une fatalité.

Une mobilisation sans but précis

Or, c’est l’absence d’alternative claire qui empêchera ce mouvement libertaire et démocratique de dépasser le stade d’embryon de révolution. Contrairement aux soulèvements arabes, où les peuples avaient pour principales revendication la chute de leur dictateur, les partisans français d’une démocratie réelle ne demandent pas en masse le départ de Sarkozy. Le mouvement est partagé entre les réformateurs et les anarchistes. Même pour décider des actions à mener, le consensus est loin d’être évident. Ils ne tendent pas tous vers un idéal de société clairement défini mais réclament majoritairement une meilleure application des règles de la démocratie. Sans projet concret et facilement compréhensible, il est dur de fédérer et de rassembler une population.
Le mouvement pour les retraites et la lutte contre le CPE avaient des objectifs clairement définis et affichés. C’est ce qui manque aux indignés du Boulevard Richard Lenoir.

Si ces conditions ne sont pas réunies, cette mobilisation citoyenne s’essoufflera jusqu’à disparaître, sauf peut-être en cas de victoire de Nicolas Sarkozy en 2012…

E.D.

Publicités

Discussion

4 réflexions sur “Pourquoi les indignés le resteront ?

  1. Bonjour,

    3 mois plus tard…
    C’est vrai que les points sur l’indifférence des médias, la résignation et la peur, ainsi que le manque de revendications est toujorus vrai.
    Par contre la situation économique s’est nettement dégradée depuis fin juillet, et la mondialisation du mouvement pourrait lui donner de plus en plus de visibilité.
    Les décisions qui vont être prises aujourd’hui et les conséquence sur le quotidien dans les prochains mois vont peut être donner de l’ampleur au mouvement.

    MM

    Publié par Micromegas | 25/10/2011, 10:43
  2. Merci pour votre contribution
    D’accord sur la situation économique et la mondialisation du mouvement, mais reste que quand il s’agit d’occuper la défense, par exemple, et de tenir un « siège », peu sont près à lâcher leur boulot ou leurs études, aussi insatisfaisants soient-ils pour venir tenir le piquet.
    Je maintiens que tant qu’on pourra s’acheter un iPhone, même à crédit, il n’y aura pas de vrai mouvement de contestation. Les individus s’accrocheront à la moindre petite parcelle de consumérisme. Ce n’est que quand on ne pourra même plus sustenter nos « besoins primaires » (faire du shopping, aller au cinéma, acheter un écran plat…) que la foule sortira peut-être de la léthargie.

    Publié par zarmag | 25/11/2011, 10:53

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Pour une révolution économique et démocratique « Zarmag - 22/01/2012

  2. Pingback: Pour le bien de la révolution, votons Nicolas Sarkozy « Zarmag - 20/03/2012

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :